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Chapitre IV Lattraction et lextinction




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  1. Chapitre I Javert draill
  2. Chapitre I La chambre den bas
  3. Chapitre I La Charybde du faubourg Saint-Antoine et la Scylla du faubourg du Temple
  4. Chapitre I Le 16 fvrier 1833
  5. Chapitre I Le cloaque et ses surprises
  6. Chapitre I Le septime cercle[104] et le huitime ciel
  7. Chapitre I O lon revoit larbre lempltre de zinc
  8. Chapitre I Piti pour les malheureux, mais indulgence pour les heureux
  9. Chapitre II Autre pas en arrire
  10. Chapitre II Dernires palpitations de la lampe sans huile

Pendant les derniers mois du printemps et les premiers mois de lt de 1833, les passants clairsems du Marais, les marchands des boutiques, les oisifs sur le pas des portes, remarquaient un vieillard proprement vtu de noir, qui, tous les jours, vers la mme heure, la nuit tombante, sortait de la rue de lHomme-Arm, du ct de la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, passait devant les Blancs-Manteaux, gagnait la rue Culture-Sainte-Catherine, et, arriv la rue de lcharpe, tournait gauche, et entrait dans la rue Saint-Louis.

 

L il marchait pas lents, la tte tendue en avant, ne voyant rien, nentendant rien, lil immuablement fix sur un point toujours le mme, qui semblait pour lui toil, et qui ntait autre que langle de la rue des Filles-du-Calvaire. Plus il approchait de ce coin de rue, plus son il sclairait ; une sorte de joie illuminait ses prunelles comme une aurore intrieure il avait lair fascin et attendri, ses lvres faisaient des mouvements obscurs, comme sil parlait quelquun quil ne voyait pas, il souriait vaguement, et il avanait le plus lentement quil pouvait. On et dit que, tout en souhaitant darriver, il avait peur du moment o il serait tout prs. Lorsquil ny avait plus que quelques maisons entre lui et cette rue qui paraissait lattirer, son pas se ralentissait au point que par instants on pouvait croire quil ne marchait plus. La vacillation de sa tte et la fixit de sa prunelle faisaient songer laiguille qui cherche le ple. Quelque temps quil mt faire durer larrive, il fallait bien arriver ; il atteignait la rue des Filles-du-Calvaire ; alors il sarrtait, il tremblait, il passait sa tte avec une sorte de timidit sombre au del du coin de la dernire maison, et il regardait dans cette rue, et il y avait dans ce tragique regard quelque chose qui ressemblait lblouissement de limpossible et la rverbration dun paradis ferm. Puis une larme, qui stait peu peu amasse dans langle des paupires, devenue assez grosse pour tomber, glissait sur sa joue, et quelquefois sarrtait sa bouche. Le vieillard en sentait la saveur amre. Il restait ainsi quelques minutes comme sil et t de pierre ; puis il sen retournait par le mme chemin et du mme pas, et, mesure quil sloignait son regard steignait.



 

Peu peu, ce vieillard cessa daller jusqu langle de la rue des Filles-du-Calvaire ; il sarrtait mi-chemin dans la rue Saint-Louis ; tantt un peu plus loin, tantt un peu plus prs. Un jour, il resta au coin de la rue Culture-Sainte-Catherine et regarda la rue des Filles-du-Calvaire de loin. Puis il hocha silencieusement la tte de droite gauche, comme sil se refusait quelque chose, et rebroussa chemin.

 

Bientt, il ne vint mme plus jusqu la rue Saint-Louis. Il arrivait jusqu la rue Pave, secouait le front, et sen retournait ; puis il nalla plus au del de la rue des Trois-Pavillons ; puis il ne dpassa plus les Blancs-Manteaux. On et dit un pendule quon ne remonte plus et dont les oscillations sabrgent en attendant quelles sarrtent.

 

Tous les jours il sortait de chez lui la mme heure, il entreprenait le mme trajet, mais il ne lachevait plus, et, peut-tre sans quil en et conscience, il le raccourcissait sans cesse. Tout son visage exprimait cette unique ide : quoi bon ? La prunelle tait teinte ; plus de rayonnement. La larme aussi tait tarie ; elle ne samassait plus dans langle des paupires ; cet il pensif tait sec. La tte du vieillard tait toujours tendue en avant ; le menton par moments remuait ; les plis de son cou maigre faisaient de la peine. Quelquefois, quand le temps tait mauvais, il avait sous le bras un parapluie, quil nouvrait point. Les bonnes femmes du quartier disaient : Cest un innocent. Les enfants le suivaient en riant.



 


: 2015-09-13; : 5;







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